Neisseria gonorrhoeae
| Domaine | Bacteria |
|---|---|
| Embranchement | Proteobacteria |
| Classe | Betaproteobacteria |
| Ordre | Neisseriales |
| Famille | Neisseriaceae |
| Genre | Neisseria |
Neisseria gonorrhoeae, également appelé gonocoque, est la bactérie gram négative responsable chez l'humain de la gonococcie (ou gonorrhée, ou encore blennorragie).
Historique
[modifier | modifier le code]La bactérie Neisseria gonorrhoeae a été observée pour la première fois sous le microscope du scientifique allemand Albert Neisser en 1879.
Pathogénicité
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Ce germe exclusivement humain est l'agent de la blennorragie. C'était, il y a quelques années[Quand ?], la plus fréquente des maladies vénériennes. Chlamydia trachomatis est aujourd'hui l'agent pathogène le plus fréquemment mis en évidence dans les infections sexuellement transmissibles (IST).
La très grande fragilité de ce germe vis-à-vis de la dessiccation, de l'oxydation et des rayons lumineux explique la transmission sexuelle exclusive par contact direct des muqueuses.
Chez l'homme, après une incubation de 3 à 5 jours, apparaît une urétrite aiguë, accompagnée d'un écoulement urétral purulent (« chaude-pisse »). En l'absence de traitement, l’urétrite devient chronique et peut se compliquer de prostatite, d'épididymite.
Chez la femme, l'infection est beaucoup plus discrète (75 % des cas passent inaperçus) : urétrite, vulvo-vaginite, cervicite, parfois rectite. Les complications possibles sont la bartholinite, pelvipéritonite, l'endométrite et la salpingite, susceptibles de conduire à la stérilité. La salpingite et l'endométrite sont favorisées par la multiplicité des partenaires sexuels (notamment rapports non protégés) ainsi que toute manœuvre endo-utérine (dont la pose de DIU / stérilet). Contrairement à ce qui a été précédemment diffusé, le port d'un stérilet en lui-même n'est pas associé à une fréquence plus élevée d'infection génitale haute (endométrite, salpingite)[1].
L'infection gonococcique disséminée (IGD) survient lorsque Neisseria gonorrhoeae, franchit la barrière muqueuse locale pour envahir la circulation sanguine et disséminer vers des sites anatomiques distants. Cette dissémination hématogène est responsable d'un spectre clinique varié, comprenant des lésions cutanées de type pétéchial ou pustuleux, une ténosynovite, une bactériémie, ou une arthrite septique . Des complications plus graves, bien que rares, peuvent survenir, notamment une endocardite, une ostéomyélite ou une méningite[2].
L'IGD est considérée comme une complication peu fréquente, estimée à 0,5 à 3 % des infections gonococciques non traitées. La prévalence réelle de cette entité demeure néanmoins difficile à établir avec précision en raison de l'absence de données épidémiologiques exhaustives[2].
Le nouveau-né peut se contaminer lors de l'accouchement lors du passage de la filière génitale. Une grave conjonctivite purulente bilatérale peut survenir entre le premier et le cinquième jour : l'atteinte ophtalmique entraîne rapidement des ulcérations de la cornée pouvant mener à la cécité.
Epidémiologie
[modifier | modifier le code]En Europe
[modifier | modifier le code]En 2024, vingt-huit pays membres de l'Union européenne et de l'Espace économique européen ont déclaré collectivement plus de 106 000 cas confirmés de gonococcie, constituant le chiffre le plus élevé enregistré depuis le début de la surveillance européenne des infections sexuellement transmissibles en 2009. Le taux brut de notification pour les pays disposant d'un système de surveillance exhaustif s'établissait à environ 26,9 cas pour 100 000 habitants en 2023.
Des disparités géographiques importantes sont observées entre les États membres. Les taux les plus élevés, dépassant 50 cas pour 100 000 habitants, concernent notamment l'Irlande (environ 109 cas pour 100 000), Malte, l'Islande, le Luxembourg, le Danemark, l'Espagne et la Norvège. À l'opposé, des pays comme la Bulgarie, la Croatie et la Roumanie affichent des taux inférieurs à 2 cas pour 100 000 habitants, reflétant probablement à la fois des différences de prévalence réelle et d'intensité du dépistage[3].
En France
[modifier | modifier le code]En 2024, près de 3,7 millions de personnes ont bénéficié d'au moins un dépistage de la gonococcie au cours de l'année, représentant un taux national de dépistage de 54 pour 1 000 habitants[4].
Sur le plan temporel, l'activité de dépistage a connu une progression majeure depuis 2017, avec une hausse de plus de 120 % du taux de personnes dépistées au moins une fois par an, plus prononcée chez les hommes que chez les femmes. Entre 2022 et 2024 seuls, la progression atteint 26 %, avec une dynamique plus soutenue chez les hommes (+37 %) que chez les femmes (+22 %). Les tranches d'âge 15-25 ans et 50 ans et plus sont celles qui enregistrent les hausses les plus marquées chez les hommes (+47 % et +43 % respectivement), tandis que les jeunes femmes de 15 à 25 ans connaissent également une augmentation significative (+42 %[4]).
Sur le plan géographique, les territoires ultramarins présentent les taux de dépistage les plus élevés, notamment en Guyane, en Guadeloupe, à La Réunion et en Martinique, où les taux dépassent 100 pour 1 000 habitants. En France hexagonale, les régions Île-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur et Occitanie se distinguent par des taux supérieurs à la moyenne nationale[4].
Contamination
[modifier | modifier le code]La contamination a lieu le plus fréquemment par un rapport sexuel non protégé avec un sujet contaminé. L'atteinte oculaire est fréquente par auto-contamination (via des mains souillées).
Propriétés bactériologiques
[modifier | modifier le code]Les caractéristiques sont identiques à celles du méningocoque, sauf :
a. Absence d'acidification du maltose.
b. Antigènes différents (il n'existe pas de typage sérologique des gonocoques).
Méthodes de diagnostic
[modifier | modifier le code]Examen microscopique
[modifier | modifier le code]L'examen permet généralement le diagnostic au stade aigu chez l'homme : l'examen de la « goutte matinale » prélevée avant miction révèle la présence des diplocoques en « grain de café », intracellulaires. Il faut les rechercher longtemps : au milieu d'une majorité de polynucléaires vides, quelques-uns seulement contiennent des gonocoques, souvent en grand nombre. Les formes extracellulaires ne donnent pas de certitude, vu l'existence de Neisseria non pathogènes. Lorsque le cas devient chronique, le gonocoque se raréfie et l'urètre est envahi de germes divers : la culture devient nécessaire. Chez la femme, la valeur de l'examen microscopique dépend de la méthode de prélèvement. Plusieurs lames doivent être préparées : à partir du méat urinaire, des sécrétions des glandes de Bartholin, de l'entrée du col de l'utérus. Malgré ces précautions, la culture est préférable.
Culture
[modifier | modifier le code]Le germe étant très fragile, le prélèvement doit être ensemencé immédiatement. Il se cultive en milieu enrichi (gélose au sang cuit enrichi en facteurs vitaminiques) sous une atmosphère contenant 5 % à 10 % de CO2 à 37 °C.
Spectroscopie de masse
[modifier | modifier le code]Examen très rapide de plus en plus utilisé dans les milieux hospitaliers.
Identification bactériologique
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La réalisation d'un antibiogramme est systématique, à la recherche d'une souche résistante aux pénicillines par production de bêta-lactamases (cette résistance est de plus en plus fréquente, en particulier dans les pays développés).
Examen direct
[modifier | modifier le code]- La mise en évidence de diplocoques intracellulaires, capsulés et immobiles, Gram négatif permet de poser un diagnostic.
- La présence de diplocoques Gram négatif à l’intérieur des polynucléaires a une forte valeur prédictive; leur présence extracellulaire n'a aucune valeur, et une confirmation par culture s’impose.
- Cette méthode d'examen direct dépend de l'origine du prélèvement : la coloration de Gram d’échantillons d’écoulement urétral prélevés chez des adolescents et des hommes adultes a un degré de sensibilité et de spécificité supérieur à 95 % ; les prélèvements endocervicaux chez les femmes adultes ont une sensibilité de 45 % à 65 % et une spécificité de plus de 90 %.
- Dans tous les autres cas, il faut faire une culture.
Examen indirect
[modifier | modifier le code]Il n’existe pas de tests sérologiques. Pas d'immunité protectrice : réinfections possibles, aucun vaccin.
Culture
[modifier | modifier le code]- La recherche de Neisseira gonorrhoeae par culture est la méthode de choix car elle permet d'établir un antibiogramme.
- Le succès de la culture dépend de la qualité du prélèvement et des conditions de transport des échantillons. Le gonocoque étant un germe fragile, les milieux de culture doivent être rapidement ensemencés.
Autres techniques
[modifier | modifier le code]- Les méthodes sans culture telles que les tests d’amplification des acides nucléiques (PCR) et les épreuves immuno-enzymatiques ne sont recommandées que lorsqu’une culture satisfaisante ne peut être effectuée en raison des retards dans le transport des échantillons.
Immunité
[modifier | modifier le code]La blennorragie naturelle n'induisant guère d'immunité, il paraît peu probable qu'une vaccination préventive puisse être efficace.
La lutte contre le gonocoque est dès lors essentiellement basée sur le dépistage et le traitement. Chaque fois que l'on diagnostique un nouveau cas, il est nécessaire d'examiner tous les contacts sexuels qui ont eu lieu dans les dix jours précédents et de traiter les partenaires (si possible en même temps pour éviter les réinfections). Les patients doivent naturellement s'abstenir de relations sexuelles jusqu'à guérison contrôlée.
Une étude néo-zélandaise publiée en 2017[5] a montré l'efficacité d'un vaccin contre le méningocoque B, apparenté au gonocoque, dans la lutte contre celui-ci, avec une réduction d'environ 30 % du risque de contracter une gonorrhée par rapport au groupe témoin.
Traitement
[modifier | modifier le code]Infections génito-urinaires
[modifier | modifier le code]Les dernières recommandations concernant la prise en charge des personnes infectées par Neisseria gonorrhoeae, ont été émises en 2025 par la HAS et préconisent les traitements suivants :
En première intention
[modifier | modifier le code]Le traitement des infections urétrales, cervicales et/ou rectales non compliquées et liées à N. gonorrhoeae repose sur de la Ceftriaxone en monothérapie et à la dose unique d’1 g par voie intramusculaire. Les études récentes sont rassurantes concernant l’efficacité de cette thérapeutique sur les localisations urogénitales et rectales[6].
En cas d'allergie aux bêta-lactamines
[modifier | modifier le code]En cas d’allergie confirmée à la ceftriaxone, un traitement probabiliste par gentamicine 240 mg en monothérapie par voie intramusculaire est proposé.
L’autre alternative est la ciprofloxacine 500 mg en dose unique per os si l’antibiogramme confirme la sensibilité du gonocoque à cet antibiotique (CMI < 0,06 mg/L).
Dans un souci d’épargne antibiotique en raison d’une émergence de résistances des souches de gonocoques à l’azithromycine, ainsi que des souches de Mycoplasma genitalium et Treponema pallidum, l’azithromycine 2 g en dose unique per os n’est positionnée qu’en troisième ligne en France[6]
La balance bénéfice/risque pour le traitement probabiliste de C. trachomatis en l’absence de résultat au moment de la consultation pour suspicion ou confirmation d’infection à N. gonorrhoeae dépend du suivi et de la compliance du sujet :
Le traitement de C. trachomatis peut être différé après le résultat du TAAN si le sujet a un rendez-vous de suivi, au contraire, en cas de consultation avec un risque de perte de vue non négligeable, il est recommandé de prescrire un antibiotique contre C. trachomatis de manière concomitante par doxycycline en attendant le résultat du test.
Comme toutes les IST, le dépistage et le traitement du ou des partenaires est indispensable.
Dans la littérature
[modifier | modifier le code]Henri Michaux parle du gonocoque et de ses conséquences dans « Les petits soucis de chacun », treizième texte du recueil La nuit remue (1935) : « (…) même le damné gonocoque qui fait tellement pour compliquer les relations entre hommes et femmes, pris de désespoir abandonne, forcé, sa dure vie. »[7]
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Ouvrage du Collège des universitaires de Maladies Infectieuses et Tropicales, ECN.PILLY 2020, Paris, AlinéaPlus, , 320 p. (ISBN 978-2-916641-69-0, lire en ligne), p. 160
- 1 2 (en-US) CDC, « Health Alert Template for Disseminated Gonococcal Infection (DGI) », sur Sexually Transmitted Infections (STIs), (consulté le )
- ↑ (en) « Surveillance and updates for gonorrhoea », sur www.ecdc.europa.eu, (consulté le )
- 1 2 3 « Données | Santé publique France », sur www.santepubliquefrance.fr (consulté le )
- ↑ (en) Steven Black, Felicity Goodyear-Smith, Barbara McArdle et Peter Saxton, « Effectiveness of a group B outer membrane vesicle meningococcal vaccine against gonorrhoea in New Zealand: a retrospective case-control study », The Lancet, vol. 390, no 10102, , p. 1603–1610 (ISSN 0140-6736 et 1474-547X, PMID 28705462, DOI 10.1016/S0140-6736(17)31449-6, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Recommandations de prise en charge des personnes infectées par Neisseria gonorrhoeae », sur Haute Autorité de Santé (consulté le )
- ↑ Henri Michaux, La nuit remue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », , 208 p. (ISBN 978-2-07-032438-5), p. 39.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Neisseria gonorrhoeae sur le site de l'Agence de la santé publique du Canada.
- Recommandations de la Haute Autorité de Santé.
- Neisseria sur le site de l'Université Pierre et Marie Curie.