Soleil de Vergina

Le Soleil de Vergina, ou Étoile de Vergina ou Étoile des Argéades, est un symbole solaire rayonnant apparu dans l'art grec antique entre le VIe et le IIe siècle av. J.-C. L'appellation « Soleil de Vergina » s'est généralisée à la suite des fouilles archéologiques menées par l'archéologue grec Manólis Andrónikos à la fin des années 1970 près de Vergína (ancienne Aigai), en Macédoine-Centrale (Grèce). Le soleil figure notamment sur un coffret funéraire (larnax) en or découvert dans une tombe royale du IVe siècle av. J.-C., généralement attribuée à Philippe II. Le Soleil de Vergina est depuis souvent interprété comme l'emblème royal historique de la Macédoine antique — et non comme un simple élément décoratif générique de l'art grec —. Le Soleil de Vergina proprement dit comporte seize rayons triangulaires, tandis que des symboles comparables de la même époque en comptent, selon les cas, seize, douze, huit ou (plus rarement) six. Il existe par exemple une variante à douze rayons sur une autre urne funéraire attribuée à la reine Olympias.
Il connaît une popularité croissante auprès des Grecs à partir des années 1980 ; il est adopté comme emblème officiel de la Macédoine grecque, ainsi que par d'autres entités grecques durant les années 1990. Il est au cœur d'une controverse, au début des années 1990, entre la Grèce et la République de Macédoine (aujourd'hui Macédoine du Nord), un État nouvellement indépendant, qui l'adopte comme symbole du nationalisme macédonien et le fait figurer sur son drapeau national. Finalement, en 1995, le drapeau de la jeune république est modifié pour arborer un autre symbole solaire rayonnant.
Usage dans l'Antiquité
[modifier | modifier le code]- Représentations de symboles solaires dans l'art de la Grèce antique
- Un hoplite portant un soleil à huit branches sur l'épaule gauche, amphore attique provenant de Vulci, vers 500-490 av. J.-C..
- Bouclier macédonien, IVe siècle av. J.-C.
Les premières représentations de ce symbole solaire remontent au moins au VIe siècle av. J.-C. : sur une amphore attique provenant de Vulci (Italie), un hoplite arbore sur son armure des motifs rayonnants à huit branches. Les chercheurs ont également retrouvé un disque en bronze orné de motifs en feuille d'or fixé sur une armure datant de l'époque mycénienne ; une radiographie de ce disque a révélé un soleil à seize branches pointes[1]. Ces mêmes symboles figurent sur des monnaies provenant des îles de la mer Égée et de Grèce continentale datant du Ve siècle av. J.-C. Dans l'Iliade, Homère décrit la première panoplie d'Achille comme étant ornée de motifs en forme d'étoile[2].
Découverte en Macédoine
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Lors des fouilles menées à Vergína, sur le site de l'ancienne capitale macédonienne d'Aigai, l'archéologue Manólis Andrónikos découvre ce symbole sur le coffret en or (larnax) présumé appartenir à Philippe II, père d'Alexandre le Grand[3]. Ce symbole rayonnant est déjà connu comme étant utilisé par la dynastie argéade (par exemple sur des monnaies). Il pourrait représenter Hélios, le dieu solaire. Son rôle de divinité tutélaire de la dynastie argéade est peut-être suggéré par un récit d'Hérodote[4] concernant Perdiccas Ier, le premier roi argéade historique[5]. Au début des années 1980, un débat a surgi pour savoir si ce symbole doit être considéré comme l'« emblème royal » spécifique des Argéades. Ce symbole est en effet largement utilisé comme élément décoratif dans l'art grec antique en général ; et pour certains chercheurs il ne peut être considéré exclusivement comme un emblème « royal » ou « national » de la Macédoine [6].
Utilisations modernes
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À partir des années 1980, son usage comme symbole de la Macédoine grecque s'est progressivement répandu. Il figure ainsi sur certaines pièces de monnaie grecques entre 1990 et 2001, et figure depuis dans des logos et des emblèmes militaires.
Ce symbole déclenche une polémique lorsque la République de Macédoine (actuelle Macédoine du Nord), issue de la partition de la Yougoslavie, le fait figurer sur son drapeau en 1992 sous l'appellation de « Soleil de Kutleš »[7]. La Grèce accuse alors la république de Macédoine de vouloir accaparer l'héritage de la Macédoine antique et d'avoir des ambitions territoriales. En 1995, la République de Macédoine a finalement adopté un nouveau drapeau[8].
Le 17 juin 2018, la Grèce et la Macédoine du Nord concluent l'accord de Prespa qui stipule le retrait du Soleil de Vergina de tout usage public en Macédoine du Nord. Finalement, début juillet 2019, le gouvernement de Macédoine du Nord annonce le retrait complet du symbole de tous les espaces publics, institutions et monuments du pays, à l'exception des sites archéologiques, reconnaissant à la Grèce le droit exclusif de l'utiliser.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « greece-pylos-mycenaean-warrior-grave », sur archaeology.org, (consulté le ).
- ↑ Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], XVI, 112.
- ↑ (en) Manólis Andrónikos, The Finds from the Royal Tombs at Vergina, Oxford University Press, .
- ↑ Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], VIII, 137.
- ↑ (en) Winthrop Lindsay Adams, Alexander the Great : Legacy of a Conqueror, Pearson/Longman, , p. 109.
- ↑ (en) John Paul Adams, « The Larnakes from Tomb II at Vergina », Archaeological News, no 12, , p. 1-7.
- ↑ « When archaeology gets bent », sur BBC News, .
- ↑ (en) Bernard A. Cook, Europe Since 1945: An Encyclopedia, vol. 2, Taylor & Francis, , p. 809.
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) John Paul Adams, « The Larnakes from Tomb II at Vergina », Archaeological News, no 12, , p. 1-7.
- (en) Manólis Andrónikos, The Finds from the Royal Tombs at Vergina, Oxford University Press, .
- (en) John Shea, Macedonia and Greece: The Struggle to Define a New Balkan Nation, McFarland & Company, , 384 p. (ISBN 0-7864-0228-8)
